Lozès - Transcript
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- Faire des égaux vient d'une belle phrase d'un grand républicain Léon Gambetta, qui disait que le rôle de la république ne consiste pas à reconnaître des égaux mais a faire des égaux. Que valent les principes s'ils ne sont pas appliqués? Que valent nos principes, établis il y a 221 ans, "liberté égalité fraternité", si nous ne posons pas la question de savoir si ces principe s'appliquent.
- C'est ce qui m'est arrivé en 2002 où j'étais candidat aux élections législatives dans une circonscription parisienne. Ces questions je ne me les posai pas de cette manière-là, jusqu'à ce qu'elle rencontre des électeurs des électeurs noirs qui voulaient me voir, pour me parler de leurs difficultés, de leurs difficultés de tous les jours; et je ne comprenais pas ce qu'ils disaient. Moi j'avais été élevé, éduqué comme vous dans des écoles de la république. Je suis pharmacien de métier et on nous avait dit effectivement que dans la république, la couleur de peau ne compte pas. Et quand ces jeunes gens sont venus me voir en me parlant de difficultés de trouver un emploi, un logement, je leur ai répondu ce qu'on m'avait appris, que la couleur de peau ne compte pas pour la république. Et ces jeunes gens m'ont dit "et pourtant elle compte, la couleur de peau, quand on va chercher un logement, elle compte de couleur de peau au moment de chercher un emploi.
- A partir de ce moment-là j'ai compris que je ne pouvais pas continuer à leur dire "la couleur de peau ne compte pas pour la république", parce que je me disais que la république n'accueillait pas leurs difficultés. Je leur vendais une république intransigeante, une république de père fouettard et ce n'était pas la république.
- Je me suis dit qu'effectivement il fallait accueillir ces questions et qu'il fallait que l'on puisse non seulement les comprendre, mais aussi faire évoluer le mouvement antiraciste, qui ces dernières années se préoccupe plutôt des coupables des racistes, et pas tellement des personnes victimes de discrimination. Un changement de paradigme.
- Le racisme est un sentiment abject, mais c'est un sentiment, alors que les discriminations sont concrètes. Vous pouvez être racistes envers un martien, mais c'est très difficile de discriminer un martien, difficile de refuser un appartement à un martien, très difficile de refuser un travail un martien
- Comment parler de couleurs, comment parler de noirs. "Je suis noir", pourquoi est-ce que c'est si difficile de dire ces trois mots? Je suis noir ce n'est ni une supériorité , ni une infériorité, ce n'est pas un critère qui parle d'une culture ou d'une religion, c'est un constat.
- Et à ce moment-là il était extraordinairement difficile d'utiliser ce mot. Et pourtant, si ces personnes étaient discriminées c'était bien à cause de la couleur de leur peau.
- Vous voyez que quand on n'utilise pas le critère de discrimination, on peut tourner autour du pot. Quand les femmes sont discriminées, on parle de discrimination contre les femmes. Les homosexuels sont discriminés et on utilise le mot d'"homosexuels".
- Mais pour les populations noires, on n'utilisait pas ce mot. Moi et mes amis, nous avons voulu créer une organisation pour parler de ces questions. Et au début, on n'osait pas utiliser le mot noir et donc on désignait les personnes dont on parlait utilisions par l'expression "qui était citoyen et résidant originaire d'Afrique subsaharienne ou d'outre-mer".
- Et les mots qui ne sont pas fixés, trahissent des réalités qui ne sont pas fixées. C'est pour ça qu'il nous a semblé si utile de mettre en place une organisation qui accueille de manière démocratique ces questions. C'est pourquoi nous avons créé le conseil représentatif des associations noires de France. Et au fond le courage nous avons eu, le seul grand courage que nous avons eu, est d'avoir osé utiliser le mot noir.
- Mais il est difficile de parler de discrimination si on ne prend pas en compte toutes ses dimensions. C'est pour ça que si nous voulions faire des égaux et montrer qu'il fallait, 220 ans après, réduire les inégalités, il fallait que le mouvement que nous mettions en place soit un mouvement ouvert. Au CRAN, il y a toutes les diversités et par exemple la diversité des nuances mélaniques (blancs, métisses, noirs).
- Je ne suis pas une femme mais je suis féministe! De même, on n'a pas besoin d'être noir pour parler de ces questions. Nous avons aussi la diversité des opinions religieuses avec des catholiques des protestants des juifs des musulmans; la diversité des opinions politiques avec des personnes qui viennent ouvertement de l'UMP, du parti socialiste, du parti communiste des verts… Parce que il me semble que la meilleure carapace contre l'instrumentalisation politique, c'est pas d'être apolitique, mais c'est d'être multi-politique. Et évidemment la diversité de genre, hommes femmes…
- Pourquoi ce que je dis tout ça ?
- Parce que la république et ses valeurs merveilleuses, de temps en temps, ne se rend pas compte des discriminations qui perdurent. Et en France nos concitoyens ont l'égalité chevillée au corps, je pense que les Français sont formidablement épris d'égalité. Mais la France accepte les discriminations jusqu'à ce que lui montrent.
- En général quand on lui montre les discriminations, la société française se mobilise contre cette discrimination. Il en fourvoyait que depuis quelques années que la question est discrimination à l'encontre des minorités a déposé évidemment lascifs avance et il y a une mobilisation forte mobilisation et ne peut plus y avoir en France, une élection sans que l'on se pose la question de la diversité et il ne peut plus y avoir un remaniement ministériel sans qu'on se pose la question de la diversité.
- Mais elles avancent, pour l'instant, pour les élites ! L'objectif n'est pas que les choses n'avancent que pour les élites… C'est qu'elles avancent pour tous ceux qui aujourd'hui sont victimes de discrimination.
- Mais comment faire pour que les choses puissent avancer, comment montrer les discriminations ? Eh bien j'arrive à la question des statistiques de la diversité… Pourquoi est-ce qu'il est si important en France que nous puissions avoir de statistiques de la diversité ? Et bien simplement parce que les inégalités les plus nombreuses sont des discrimination indirectes, qui ne se voient pas !
- En général lorsqu'on vous refuse un appartement parce que vous êtes noirs ou arabe ou asiatique, rarement on vous dit que c'est à cause de cela. Lorsque vous envoyez un CV et que vous ne recevez pas de réponses, et bien on a besoin d'une statistique, pour montrer les discriminations qui ne se voient pas à l'oeil nu.
- C'est ce que nous nommons le plafond de verre ! Alors les statistiques de la diversité que nous souhaitons, doivent être anonymes, volontaires, auto déclarative et, quatrième et grand critère, sans constitution de fichiers.
- Voilà pourquoi ces outils sont importants pour connaître ce qui se passe aujourd'hui, pour connaître les discriminations qui existent encore massivement en logements, dans l'emploi, dans le loisir, et dans la santé, pour que les valeurs de la république puissent être réellement universelles, c'est dire qu'elles s'appliquent pour tout le monde sans aucune différence.
- Je voudrais pour finir aborder la question du communautarisme. Quand les minorités visibles prennent la parole dans le débat public, on les soupçonne toujours de communautarisme ! Ma demande, et celle des minorités, c'est au contraire de dire que nous voulons travailler dans les mêmes entreprises, que nous voulons vivre dans les mêmes des immeubles que l'ensemble de nos concitoyens… Ce n'est pas du communautarisme!
- C'est simplement la demande de l'application des droits, simplement demander à ce que les valeurs merveilleuses notre pays s'appliquent à tout le monde… Et au fond c'est faire ce que disait Gambetta, faire en sorte que le rôle de la république ne consiste pas uniquement à reconnaître des égaux, mais à faire des égaux !